Des hommes atteints du cancer de la prostate rendent hommage à leurs femmes.

28/10/2014

Au sein de l’association Cerhom, la confrontation des hommes avec les maladies masculines, cancer des testicules ou cancer de la prostate, a fait apparaître un grand nombre de problèmes souvent liés à la prévention, au suivi médical et à l’accompagnement de leurs épouses dans ce parcours du combattant. C’est de là qu’a émergé l’idée de regrouper ces textes d’hommages à leurs femmes.

Marc pour Hélène.
Hommage à la femme, hommage à ma femme.


Je suis malade et les médecins savent qu’il n’y a médicalement aucun espoir de guérison. Depuis trois ans, je me bats pour durer et pour partager avec mon épouse tant qu’il me restera un souffle de vie….

J’ai bien conscience que je ne lui offre aujourd’hui qu’une vie future pleine d’incertitude, mais je veux profiter avec elle de l’instant présent et regarder le soleil dans les yeux.
Parfois, je pleure tout seul à son insu de la tourmente qui m’habite, de ces éclipses en plein soleil. Lorsqu’elle rentre, malgré mes tentatives pour lui cacher mon désarroi, elle sait. Elle prend ma main et me dit « Ca va aller ! ».
Lorsque nous marchons, bras dessus bras dessous, il m’est étrange de sentir qu’elle s’agrippe à mon bras comme pour me dire qu’elle est hantée par cette grande peur du lendemain. Cela m’impose de batailler à ses côtés.
J’imagine comment pour elle, c’est terrible de partager la situation que je lui inflige : Des projets sans lendemain, des espoirs incertains, des avenirs sans soleil….

Nous ne sommes pas mieux que d’autres couples, nous avons aussi nos moments de heurs et d’agacements…

Hier, je lui ai imposé en pleine rue sur une brocante, une minute de « salsa ». Même si je n’ai pu finir la danse en raison des douleurs qui m’aiguillaient les bras, ce fut un vrai bonheur pour moi, mais j’imagine la tristesse pour elle de savoir que nous n’irons plus danser le soir.

Bien courageuse, ce petit bout de femme qui me tient la main
Et m’accompagne sur le chemin,
Bien courageuse ma petite chinoise qui jamais ne se plaint
Et fait comme s’il n’y avait rien…

Je ne crois plus en Dieu et d’ailleurs pourquoi m’aurait-il prescrit pareille pénitence, moi qui n’ai rien fait de critiquable d’autre que d’avoir passé ma vie à défendre, protéger les faibles contre tout abus et agressions dont ils étaient les victimes.
Pourquoi m’aurait-il rendu si fragile moi le Noble Chevalier qui était si droit, si volontaire et déterminé dans mon combat.

Ma prière à moi, c’est chaque soir, comme toujours au moment du repas, j’allume une bougie pour rechercher des yeux dans l’ombre de ma vie, j’allume pour  éclairer les chemins qui trop souvent se sont séparés, car elle voulait garder son cap, sa route de randonné.  Je garde au plus profond de moi, l’espoir de cette étoile qui me guidera mes pas, du crépuscule à l’aurore.

Il y a un peu plus d’un an, j’ai demandé à Hélène de m’épouser, elle a accepté qu’à la condition que je partage avec elle 25 ans de vie commune. Du coup, je n’ai pas d’autre choix. Elle m’impose de demeurer l’homme que je suis, « un homme de parole. »

Parfois avec d’autres malades nous évoquons nos épouses distinctes et je trouve en eux, des personnes très respectueuses de l’attitude de leurs compagnes. Dans le mot compagne, n’y a-t’il pas le mot compagnie, le mot accompagné ?
Ces êtres dits du sexe faible démontrent encore à travers les dires des hommes, comme elles sont fortes et courageuses. Elles  savent tenir à bout de bras les compagnons que nous sommes, nous contraindre à puiser au plus profond de nous, les forces que nous n’imaginions.

Merci Hélène, merci pour cette âme si belle
que j’en oublie tes éclats, tes étincelles
lorsqu’à la maison notre couple entend la ritournelle
que chacun connait pour vivre à deux.
Même si je ne reconnais aucun Dieu.
Je demande à chacun d’eux
De m’accorder vivre et de devenir vieux.

Bien courageuse, ce petit bout de femme qui me tient la main
Et m’accompagne sur le chemin,
bien courageuse ma petite chinoise qui jamais ne se plaint
Et fait comme s’il n’y avait rien…


J.Pierre à Dominique.
Hommage à ma femme.


Notre vie commune a débuté il y a trente-sept ans sans que jamais nous ne nous soyons quittés. Nous sommes un couple ordinaire mais fusionnel uni dans les épreuves et je rends aujourd’hui grâce, à ma femme, d’avoir toujours été présente pour les partager. Evidemment lorsqu’un obstacle nous faisait face elle était là, mais également pour vivre mes joies. Nous n’avons été épargnés de rien.

Notre vie professionnelle fut, en raison de notre métier, dédiée aux autres.
Nul ne pouvait nous laisser présager cette retraite détruite par ma maladie. Et pourtant nous avons tous conscience que  tout un chacun peut tomber prématurément malade. Le destin a voulu qu’il en soit ainsi, moi qui croyait avoir eu une vie saine  et en être à l’abri.

Après une existence de labeur, Je rêvais de pouvoir lui offrir une vie simple, profitant de nos enfants, petits enfants, remplie de voyages à notre portée. Il n’en fut rien. Mon épouse  Dominique qui, remplie de santé,  devrait profiter pleinement d’un repos mérité, est contrainte à se consacrer à temps complet à ma cause. Sans jamais se plaindre, sans jamais céder à mes angoisses qui sont réelles et probablement déstabilisantes. Elle fait  face à ma maladie, affronte ma maladie, jongle avec ma maladie.

J’ai, entres autres, gardé le souvenir de ces quelques mots cités lors de notre mariage : « Mariés pour le meilleur et pour le pire », J’ai l’impression que le pire, est mon cancer. Comme une  « brave »  elle l'assume et je culpabilise de ne pouvoir l’aider comme nous le fîmes au dessus du berceau de nos enfants.
Je ne peux passer sous silence, nos deux enfants aujourd’hui métamorphosées en femmes, qui dans leurs couples comme dans leurs vies professionnelles font notre fierté.
Ces deux petits brins de femme sont de belles épaules charmantes, particulièrement appréciées, sur lesquelles j’ai plaisir à m’appuyer et qui mériteraient que je m’attarde plus longuement.

Je reconnais qu’à l’instar de ma profession, ou, sans prétention, je fus toujours jugé comme un bon professionnel au service des  autres, aujourd’hui je me trouve être un piètre malade qui ne facilite en rien ma propre prise en charge.

J’aimerai pouvoir, savoir user de mots forts pour dire à « DOMINIQUE », ma Dominique, ce que je ressens  à la juste valeur de ce qu’elle mérite, de ce qu’elle fait pour moi et bien au-delà pour toutes les autres personnes qui traversent la maladie et pour laquelle elle a chaque fois, répondu présent.

J’ai souvent le besoin bien plus qu’hier, d’aller à la rencontre de cette puissance que symbolisent l’Autel et sa Croix. J’y puise à sa source, la force de l’espoir et dans mes prières je n’oublie jamais de demander une attention particulière vers celle dont je partage l’Aura depuis 37 ans.

Non habitué à exposer mes états d’âme, je voudrais publiquement l’honorer et dire à Dominique : Pour tous ces moments, MERCI et mes deux filles aussi.


Tête de Turc à Domi
La femme de ma vie.


Il y a trente ans, d’un seul coup d’œil, je suis tombé fou amoureux de celle qui partage mes peines aujourd’hui. Comme dans tous les couples, il y a eu des moments inoubliables et d’autres où la colère de chacun n’était pas en accord avec l’autre, mais la dose d’amour et de tendresse que nous partageons encore aujourd’hui nous a fait traverser toute les tempêtes. L’expression « ma moitié », n’est pas un euphémisme, nous sommes un tout. Ses yeux, son sourire font partie de ma force, personne n’en a de plus beaux.

La maladie s’est immiscée entre nous avec ses menaces et ses perspectives d’avenir qui ne seront jamais plus les mêmes. Les premiers mois ont eu leur part de déni, non pas que nous ignorions la gravité de la situation, mais simplement que nous placions l’espoir d’une solution au-dessus de tout.

Les mois passés d’échecs thérapeutiques en échecs thérapeutiques ont eu raison de notre crédulité et nous ont replongé dans la dure réalité, la peur du lendemain, la peur de la douleur pour moi et la peur d’être seule pour ma moitié.

Un cancer dans une vie de couple est un bouleversement radical. Vous viviez à deux, maintenant vous vivez à trois. A l’annonce de la maladie, le choc est plus terrible pour le conjoint que pour soi-même. Il est difficile d’admettre une telle annonce pour le malade. Pour le partenaire il est encore plus difficile d’envisager la suite de sa vie sans l’autre. C’est la première réaction naturelle de tout être aimant lors de cette épreuve.

Très rapidement la maladie prend une place de plus en plus pressante. Suite à ce premier choc, dans le cas du cancer de la prostate, vient très rapidement la deuxième annonce, le traitement. Quel que soit les choix de vos médecins, l’incontournable, l’obligatoire traitement de base est l’hormonothérapie : une simple piqûre, une fois tous les trois mois. Une simple piqûre qui n’est ni plus, ni moins qu’une castration chimique. Finie la libido, il ne vous reste que la tendresse. C’est là qu’on va tester en « live » la force du couple…

Puisque rien n’est prévu pour te soutenir, mon amour, c’est moi qui vais t’accompagner pour te montrer comment la vie est belle et vaut la peine d’être croquée à pleine dent. Aujourd’hui, tout va bien, alors profitions en jusqu’à demain, et demain, on fera comme si c’était dimanche. Le bonheur, c’est tout le temps qu’il faut le prendre, même entre deux douleurs il y aura de quoi vivre pleinement.

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