Apprivoiser son cancer

13 juillet 2014

Depuis que j’ai entamé ce voyage contre mon gré, j’ai eu tout loisir d’observer les personnes qui me côtoient de près ou de loin. Pour faire court, il y en a deux catégories bien distinctes. Ceux chez qui le mot « Cancer » provoque une peur incontrôlable, et les autres qui globalement cherchent plutôt à me faire positiver. Ces derniers, quelque fois ne se rendent pas compte que la plus part du temps, je vais bien.

Oui, mes écrits schizophréniques sur mon compagnon de voyage et moi-même me permettent avec deux ans de recul de vous dire que nous sommes parfaitement équilibrés.

A écouter la deuxième catégorie, il faut éviter de baisser les bras, garder l’énergie pour se battre, avoir confiance en soi-même, ou encore ne pas se laisser gagner par le stress. Tous ces beaux messages partent d’un très bon sentiment et bien entendu, je ne refuse pas cette forme de compassion naturelle vis-à-vis d’une personne quelque peu diminuée. Mais ça pourrait être pire, je pourrais être malade…

Comment vit-on avec un cancer de la prostate métastasé aujourd’hui ?
Il aura fallu deux ans et l’enchainement de divers traitements, hormonal, chimio, zytiga, et maintenant Enzalutamide pour trouver une certaine stabilité avec mon compagnon. Autrement dit sauf attaque sournoise, pour le moment il ne gagne pas trop de terrain.
En contrepartie :
J’ai perdu mon travail, mais finalement je m’y suis très bien fait.
J’ai eu une transformation physique et je pourrais même dire que j’ai une image dégradé de mon corps qui reste un peu difficile à digérer, mais je fini par m’en accommoder aussi. Ma moitié et mes enfants mes reconnaissent encore.
Je suis perpétuellement fatigué, encore et toujours fatigué. Je me couche plus tôt. Quand je n’ai pas d’insomnie, je dors plus tard et éventuellement je fais la sieste.
J’ai développé une fragilité psychologique qui me rend fébrile à la moindre mauvaise nouvelle, que ce soit dans la fiction, en regardant un film, et encore plus quand je suis confronté à une dure réalité ; alors je pleure et finalement j’arrive à mieux analyser le sens de la vie. Peut-être que j’aurai du pleurer plus souvent dans ma petite vie égoïste.
Je fais de l’anémie à cause des traitements qui sont un peu gourmands en capacité immunitaire. Alors tant que le compte en banque est valide, je me soigne avec ce qu’il y a de meilleur pour mes recettes de cuisine.
Et enfin, j’ai des douleurs, par-ci, par là. C’est difficile à décrire la douleur, c’est un truc que chacun gère à sa façon et je crois que j’ai toujours été très dur la dessus avec moi-même.
Je suis partiellement handicapé et ne peux plus me déplacer comme avant, alors j’adapte mon quotidien au mieux, j’ai déménagé au rez de chaussée de la maison, je me fais suivre deux fois par semaine par un kiné, il est cool, ça permet d’avoir un lien social autre que les proches.

Et puis la rigueur des traitements quotidiens, des prises de sang mensuels, des visites à l’hôpital trimestrielle, mais ça c’est le minimum qui me permet de continuer le voyage.

Vous voyez, ça ne va pas si mal que ça, c’est juste un peu différent de ce que je pensai vivre à 56 ans.

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