Dernier voyage avec les Amérindiens

13 juin 2015

JP
Je t'ai connu dans le centre anticancéreux Gustave Roussy de Villejuif.
Nous avons d'emblée décidé de travailler au profit de cette association unique de lutte contre les cancers masculins et pour la recherche, afin de combattre notre maladie commune en sachant que nous allions laisser du monde sur le bord du chemin.
Nommé au poste de responsable partenariat communication de cette Association, tu te donnais royalement à cette mission, entouré de ta vieille garde et de tes fidèles Lieutenants.
Tu étais pourtant le pilier de cette Association.
Tu étais l'acteur valeureux généreux toujours en quête d'idées novatrices pour notre avenir.
Tu étais le Chef d'Etat Major, qui, dans l'ombre, donnait de ton temps si précieux et agissait au profit de tous.
Mais certaines flèches décochées sont fatales…
Tu as tenu cinq ans, à marcher vers l'avenir en partageant avec moi : nos doutes, nos peurs, nos angoisses et nos profonds moments de solitude.
Peu à peu tu es devenu trop fragile et trop fatigué pour continuer la route, malgré le soutien permanent de Dominique et des pensées positives de ceux qui t'aiment.
Parmi tes confidences, je me dois de citer :
-  La négligence initiale de ce médecin que tu croyais être un ami,
-  Ces derniers mois, ce sentiment d'être lâché par l'Association, par le corps médical
-  Toutes ces paroles et ces manques de respect qui tuent.
 
JP, un sacré personnage, un beau parcours.
Tu m'as pris par la main pour m'amener dans une Eglise.
Rieur, blagueur, modeste, un réel livre ouvert sur la connaissance du monde, un véritable  pharmacien de la vie, bouillonnant de culture.
Croyant, plein de reconnaissance pour son épouse, plein d'amour pour sa tribu.
Le Canada, les Etats-Unis tu connaissais, tu respirais le désir d'être un amérindien.
Tu étais Pharmacien comme ton épouse. De surcroit Président de la fédération du conseil syndical des pharmaciens de l'allier.
Je t'ai nommé Général pour combattre la maladie, tu te disais royaliste.
« Toi visage pâle vouloir être un indien. »
Je te remets ma pagaie pour, après la vie, au fil de l'eau, poursuivre le chemin sur ce long fleuve tranquille où les paysages sont les plus beaux.
Je sais que comme nos frères de combat, je devrai rejoindre ta pirogue, mais pardonne-moi si je ne souhaite pas répondre à ton invitation avant plusieurs années…, j'ai encore beaucoup à faire ici-bas, des graines à planter, des fleurs à offrir.
Il te faut aussi apprendre l'usage de cette pagaie protectrice.

On m'a confié que ta mère Charlotte était venue te prendre par la main pour t'accueillir là où tu seras désormais à l'abri de toute souffrance.

Tes mots étaient « Bouge pas j'y vais » !!!!
On ne bouge pas et on te laisse cette fois y aller sans nous.

JP, j'ai pratiqué, JP, j'ai aimé.
Protège moi, protège aussi ceux et celle qui randonnent sur des chemins de traverse.

Au revoir J.P.
Marc, compagnon de douleur

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