Résection prostatique, parcours du patient.

24 février 2015

Dimanche 22 février vers 15:30 je me suis présenté à l’accueil de la clinique du Millénaire à Montpellier. On m'a rapidement dirigé vers le 3ème étage, chambre 341, premier lit en rentrant.
A ces mots j'ai compris que ma demande de chambre seul n'avait pas été prise en compte. Il n'y a pas de placard sécurisé, j'ai donc été obligé d'abandonner le projet de rédiger sur mon ordi et de gérer le Blog.

1 heure plus tard, une infirmière vient me renseigner sur les détails de mon programme pour les jours à venir.
Pose d'un petit bracelet d'identité au poignet pour ne pas me confondre avec mon voisin. Elle me confit un tube de Normacol pour effectuer un lavement (que du bonheur) en fin de journée avant de prendre une douche à la Bétadine. L'anesthésiste doit passer pour un dernier entretien et me préciser l'heure de l'intervention le lendemain matin. Je vais avoir le bas du corps anesthésié par une péridurale. Ce type d'anesthésie limite le risque d’hémorragie et je pourrai rapidement manger après l'intervention.

Le temps ici est considérablement ralenti. Les minutes s’égrainent seconde par seconde. C'est incroyable la masse de connerie qui passe à la télé.

Je ne m’étends pas sur le repas au délicat goût d'eau plate. Difficile de saisir une nuance gustative entre soupe, ratatouille et yaourt, le tout avec un morceau de pain. Nous sommes dimanche, c'est le pain de la veille...

La nuit, la première nuit fût de loin le pire que je n'ai jamais vécu depuis des années. Mon voisin de chambre a compensé son insomnie par un blocage sur le petit écran, il était rivé au téléviseur comme le téléviseur l’était au mur et le lendemain matin, ni lui, ni le téléviseur n'avait bougé de toute la nuit. Cette putain de télé ne s'est pas éteinte du moment où je suis rentré dans cette chambre le dimanche après-midi jusqu'au lever du soleil, il est 6:35, l’émission hautement culturel baptisée télématin commence. Il est fan d'Antenne 2 au point d'y rester le jour et la nuit. A partir d'une certaine heure dans la soirée, c'est la reprise des programmes de la veille qu'il a déjà vu.

J'ai eu droit à « vivement dimanche » animé par Michel Drucker, un programme de chiotte pour les vieux, suivi des reportages sportifs du weekend et cerise sur le gâteau, La Marseillaise pour les remises de médailles des sportifs méritants.

L'impact de la Marseillaise sur mon humeur à 4 heure du matin était, comment vous dire, assez proche des paroles de cet hymne qui potentiellement peuvent inciter à un bain de sang.

Lundi, journée de merde, pas de petit déj, pré-anesthésie, et direction le bloc. On va me sculpter la prostate pour me permettre de retrouver mes fonctions urinaires naturelles.

Après avoir pris une nouvelle douche à la Bétadine, j'enfile la panoplie de vêtements aseptisés. Direction la salle d'op, allongé sur le brancard les yeux grands ouverts, je plane de couloir en couloir, le défilement des luminaires au plafond en guise de repère.

La salle d'op est spacieuse, lumineuse, musicale et froide. Le contraste de la chambre surchauffée et du bloc opératoire à peine à 20°c est saisissant sous mon déshabillé de papier.

L’anesthésiste doit me poser un cathéter. Premier essai, la veine pète, deuxième au poignet, c'est de la torture mais il ne trouve pas son bonheur et enfin, résigné, il me pique sur le dessus de la main. Si la brigade des stups voit mon bras je file direct en garde à vue ou en cure de désintoxication.

Maintenant, ça va être le moment de la piqûre dans la colonne vertébrale, ça je crains un peu quand même. Dans la position du foetus, roulé en boule sur le coté, je sers les dents. Il lui faudra bien 6 à 7 tentatives avec sa seringue avant de pouvoir enfin m'injecter son produit qui va m'insensibiliser le bas du corps. Mais pourquoi je suis aussi maudit avec les aiguilles ?

Dans la salle d'op, tous les instruments sont maintenant bien connectés, le chirurgien commence son intervention. Je viens de m’apercevoir que l'écran de contrôle se situe juste au dessus de ma tête, légèrement en retrait. Je peux, en levant les yeux, voir l'opération en direct. Tout est filmé de l’intérieur via une fibre optique, la vue de la prostate est légèrement différente de ce que j'imaginai. Je vois très précisément l'outil du chirurgien opérer et creuser les parois de cette glande si présente dans mon quotidien depuis plus de deux ans.

½ heure plus tard, c'est fini, tout est ok, direction la salle de réveil afin de vérifier que je retrouve bien l'usage de mes jambes.

L'anesthésie par péridurale provoque l'équivalent d'une paralysie des membres inférieurs. Les jambes ne répondent plus aux ordres, elles sont complètement insensibles. Quand je caresse ma cuisse, j'ai l'impression d'avoir un morceau de viande sous la main mais ne ressens même pas la moindre sensation, comme si je venais de poser ma main sur la cuisse d'un autre.

Au bout d'une bonne heure, tout est revenu et les prémices des premières douleurs font leurs apparitions. Aujourd'hui, la prise en compte de la douleur est particulièrement bien gérée et l'ensemble du personnel de la clinique est très à l'écoute du patient.

Le pire est passé,du moins je le crois. J'ai une nouvelle sonde de posé pour effectuer un lavement permanent de la vessie à raison de 2 litres de chlorure de sodium par heure. D'ici 48 heures on me retirera cet intrus et il y aura 24 heures de surveillance hospitalière avant de pouvoir rentrer au domicile.

Il ne me reste plus qu'à gérer le temps et, des journées à rien faire, c'est long, très long. Lectures, écritures, télé à petite dose, radio, on se lasse de tout. Le chirurgien vient de passer me voir, mon état général et la cicatrisation sont au top, je vais sûrement gagner 24 heures sur le délai annoncé et pouvoir retrouver mon univers plus tôt que prévu.

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