Le cancer n’est pas toujours le vainqueur du combat.

février 2015

Dans le cadre de la rédaction partagée, je vous livre un courrier communiqué par Marc, Président de l’association CerHom.

Marc :
Nous avons besoin de témoignages tels que le vôtre pour donner espoir à celles et ceux qui sont dans le (combat, voire dans la détresse) je dis  « celles », car comme vous l’avez si bien écrit, votre épouse portait à bout de bras votre « tribu » tandis que vous étiez au combat. Nous avons donc pleinement conscience que nos compagnes, épouses et amies sont des piliers sans égal pour assurer la réussite de notre objectif « la guérison ». Bien évidemment la médecine doit y mettre un peu son « grain de sel »…

Philippe :
Je suis un ancien patient de karim Fizazi avec lequel j'ai gardé des relations amicales.
J'ai eu un cancer du testicule en 2001. J'ai 36 ans. Professionnel de santé prêt du Havre (je suis biologiste médical), je n'ai pas le temps de m'occuper de moi. Quand je daigne aller voir mon collègue urologue, le diagnostic est immédiat et le bilan d'extension est déjà important.
Je consulte a l'IGR un jeune médecin : le Dr Karim Fizazi qui avalise les protocoles et permet grâce a un relai de l'IGR sur le Havre que je poursuive les traitements à l'hôpital Monnod au Havre prêt de chez moi.

Chirurgie castratrice, première cycle de chimio. Echec immédiat. 2eme Chimio de rattrapage. Echec. Mes métastases ganglionnaires sont très rebelles aux traitements. Un scanner cérébral m'annonce une volumineuse métastase au cerveau... Mes 3 enfants ont 2, 5 et 8 ans. Je commence à ne plus y croire.

Un IRM de confirmation m'annonce enfin une bonne nouvelle. Il ne s'agit que d'une malformation vasculaire bénigne. Un angiome.
 
Désormais les traitements auront lieu à l'IGR. Cela ne facilite pas la vie de mon épouse qui tient toute la famille à bout de bras. Mes deux petits ne se rendent pas compte de grand-chose. L'ainé en revanche subit. Il en restera toujours quelque chose.

Nouvelle sanction chirurgicale avec un curage ganglionnaire en juillet 2002. Les biopsies sont positives. Les cellules sont toujours là et résistantes.

Karim me propose un traitement expérimental. Ça commence à sentir vraiment mauvais. Mon état général reste bon mais je fatigue des agressions des traitements anticancéreux mais aussi des facteurs de croissances. J’ai de la chance, je suis jeune et robuste ; J'encaisse.
Je subis les effets secondaires du cisplatyl avec des acouphènes importants et une perte d'audition nette difficilement appareillable. Je traine ce petit cadeau 10 ans plus tard d'ailleurs.
Le troisième cycle est un échec. Karim m'annonce qu'il n'y plus grand chose à tenter en traitement traditionnel.
Il va falloir essayer le tout pour le tout sous la forme d'une intensification de chimiothérapie avec greffe de moelle. A faire deux fois.
J'avoue ne pas y croire. Mon cancer qui avait un bon pronostic défit toutes les statistiques. Internet a ceci de formidable, c'est qu'il est facile d'y voir son pronostic de guérison s'amenuiser pour descendre à quelques %...

Les prélèvements de moelle commencent, mon organisme est fatigué. Il n'y a de quoi faire qu'une seule greffe.

Premier décembre 2002, je rentre en unité de soin à l'IGR. Les traitements sont terribles, souffrance, épuisement, affaiblissement. Après 3 semaines de traitement et ma greffe je ressors le 24 décembre. Je marche avec difficulté. Mon épouse m'aide. Je réveillonnerai d'un coca et d'une salade maïs poulet industrielle stérile. Pourtant quel bonheur je suis dehors !
Encore un mois et demi de convalescence. Je récupère rapidement.

Février 2003 Une nouvelle sanction chirurgicale m'attend à Marie Lannelongue sous la forme d'un grand curage ganglionnaire avec ouverture complète de l'abdomen. Alors ça, ça fait très très mal en suite opératoire !

Je vais y rester une dizaine de jours. Au moment de ma sortie, le médecin du service vient me voir et m'annonce que l'analyse anapath des ganglions prélevés est favorable. Il n'y a plus de cellules cancéreuses vivantes.
Je pleure...

Au cours des années qui vont suivre, je continue de consulter le Dr Fizazi devenu Professeur. J'ai beaucoup de reconnaissance, d'amitié pour lui.
Les scanners et dosages des marqueurs se succèdent. Au début avec beaucoup d'anxiété puis j'en suis persuadé, je suis guéri. Mes rechutes étaient immédiates. Je n'ai plus rien. En 2012 le suivi s'arrête.
Nous nous envoyons nos vœux avec Karim. C'est lui d'ailleurs qui m'a orienté vers l'association CerHom.

En 2012, afin de perdre un peu de poids que j'ai rapidement repris après mes traitements, je décide de me remettre au sport. Un peu de course à pied puis de vélo. Après tout je suis un ancien nageur; pourquoi pas le triathlon. A 20 ans J'étais fasciné par les premiers reportages télévisés sur l'ironman de Nice. Mark Allen était mon Héros.
Je participe à quelques courses de faible distances. Je persiste, m'exerce, rentre dans un club, me licencie. grâce à mon e-entraineur Guy Hemmerlin je m'améliore en performance mais également en endurance.

Le 6 juillet 2014 je deviens à Frankfort un IRONMAN après 3.8 km de natation, 180 km de vélo suivi d'un marathon en 11h45.

Voilà mon témoignage. Même quand tout semble compromis il faut lutter et tout est possible.

Le 12 juillet je renouvèlerai la tentative à Roth sur le même format. C'est avec plaisir que je courrai sous les couleurs de l'association et/ou de l'IGR.

De même, je vais essayer de décrocher une place pour le championnat du monde Ironman à Hawaii 2015 pour mes 50 ans.
Mes performances ne me permettent pas d'obtenir le sésame selon le mode de qualification usuel. Néanmoins des dossards sont attribués sur de belles histoires.

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