Cancer de la prostate, le long chemin de la perte de l'intime

10 juillet 2015

Qui peut accepter de perdre ses copains, son équilibre dans le couple, son travail, sa capacité à maitriser son humeur, sa vie sexuelle, son propre discernement. 

Qui peut accepter de ne plus contrôler sa vessie, de vivre avec des douleurs et une dysenterie en permanence. 

Qui peut accepter de ne plus pouvoir se plier pour bricoler et de se surprendre à ne plus pouvoir soulever une bouteille de gaz pour la remplacer.

Qui peut accepter de cumuler tous ces symptômes et de rester avec des questions parce que les toubibs qui le suive ne diront pas qu'ils ne savent pas ou tout simplement qu'ils savent trop où l'on va.

Cette liste trop longue et à la fois incomplète est le quotidien d'un malade du cancer de la prostate avec métastases, le mien.

Il est bientôt minuit, je suis le cul sur la terrasse, les doigts de pieds dans le romarin.
Devant moi, l'ombre des herbes sauvages que nous n'avons pas eu le courage de couper cette année. En plus de trente ans dans notre paradis de garrigue, c’est la première fois que nous nous laissons envahir par la végétation. C'est la première fois que nous sommes occupés au point de ne plus savoir si les doutes et les douleurs vont l'emporter sur l'équilibre du couple et jusqu’où ira l'impact destructeur de ce cancer sur la vie privée.

Le cancer va beaucoup plus loin qu'on peut l'imaginer. Je suis détruit par deux chimio en trois ans, intercalé par des traitement qui avaient aussi leurs lots d'effets destructeurs, plein d'incertitudes sur la suite après avoir épuisé la pharmacie disponible aujourd'hui.
Je ne suis plus moi même, la fatigue est tellement intense que j'ai de plus en plus de mal à dormir.

Aujourd'hui, j'ai été voir un des rares copains qui n'a pas eu peur du mot cancer le jour où je l'ai annoncé et qui continue à garder son naturel dans nos échanges, trois heures de plaisirs dans une semaine de merde, merci Julien. Demain ce sera de nouveau le toubib et les labos en urgence pour juguler cette invasion de bactéries.

Je vis dans le sud de la france, nous sommes en plein été, je n'ai plus le droit de manger des fruits et légumes, je n'ai plus le droit de m'exposer au soleil...

Qu'est ce qu'il me reste pour entretenir mon moral ?

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire