Une matinée en hospitalisation de jour

21 août 2015

Il est 8:30 nous nous garons à l'ombre des pins maritimes de l'institut du cancer de Montpellier. Dans une demi-heure j'ai rendez-vous pour ma huitième cure de chimio sous Vejtana.

C'est devenu une routine, un automatisme. En bon patient docile, je passe la porte, glisse ma carte Vital dans la fente de la borne pour demander mon ticket numéroté, puis vais m'asseoir toujours aussi docilement dans la salle d'attente.
Malgré l'horaire matinal de ce rendez-vous, la salle est déjà bien remplie. De la bourgeoise guindée au baba-cool au sourire béat en passant par le petit vieux tout sec, ici toutes les couches de la société se côtoient.

Je reconnais certains visages. Le délai entre chaque cure est identique pour tous. Comme d'habitude je constate la peur au ventre les dégradations physiques d'un certain nombre de patients. À ma gauche une femme bien trop jeune pour être là a perdu du poids par rapport à sa dernière visite, plus loin une autre malade a laissé sa prestance dans sa salle de bain ce matin et la compose difficilement derrière sa perruque. Chaque visite en ces lieux nous plonge un peu plus dans l'horreur du couloir de la mort. C'est en côtoyant le désespoir que l'on finit par développer ses propres espérances.

Les numéros s'égrènent dans le désordre avec le carillon sur l'écran mural. 16, bureau A1. C'est le passage de l'identification. Après avoir vérifié votre nom, prénom et poids, l'hôtesse d'accueil vous met un joli bracelet bleu en plastique avec votre identité hospitalière. Je me nomme M154014614.

Quelques minutes après c'est l'entretien de contrôle avec un médecin. Il va lancer la commande du poison qui va me pourrir la vie, jours et nuits, la semaine prochaine. Là vous pouvez tout demander, rien ne vous est refusé. De l'anti dépresseur au stimulant sexuel, du diurétique au laxatif, vous pouvez faire la liste des courses, les ordonnances frétillent. L'entretien est bref et se termine toujours par "Bon courage Monsieur..." pourquoi pas "Bonne chance..."

De retour pour quelques minutes dans la salle d'attente, je suis rapidement pris en charge par une infirmière. Elle m'indique le box 12 que je refuse. Oui, je suis un bourgeois du cancer, Madame, un aristo des globules blancs, je ne vais jamais en box, toujours en chambre. Les gestionnaires de l'hospitalisation de jour développent de plus en plus les soins en box, ni plus ni moins que des salles communes au mépris des risques pour un malade en déficience immunitaire. Un hôpital, au même titre que n’importe quelle industrie, doit créer de la rentabilité et du profit pour ses actionnaires.

Le confort d'une chambre n'est pas un luxe pour recevoir ce poison. L'infirmière met en place sur le Port-a-cath la perfusion. Dans une heure nous serons sur le retour, ma moitié au volant et moi à côté à guetter les premiers effets de mon shoot.

Dans 4 jours je serai au plus bas de ma défense immunitaire et là, je dois me cloitrer chez moi, ne pas recevoir, ne pas sortir et me faire moi-même mes piqures de Zarzio, molécule qui va activer la production d'anticorps via la moelle épinière à grand renfort de douleurs insupportables.

Puis vient le temps du répit, une petite semaine avant de gérer les problèmes gastriques et repartir à l’institut du cancer de Montpellier pour la nouvelle injection de poison. Ce poison qui d'après les derniers résultats est très actifs contre la propagation de mon compagnon de voyage.

Souffrir pour gagner du temps sur la bête et se donner de l'oxygène pour d’autres voyages, ceux que l'on choisit.

Je vous ai décrit cette journée et ses conséquences en la vivant en direct. Les anecdotes sont donc du vécu. Certes, les effets secondaires sont parfois moins intrusifs. Mais l'épisode de la perte immunitaire reste incontournable.

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