Salle d’attente en hospitalisation de jour

14 mai 2015

Il y a deux jours, je me suis rendu à l’institut du cancer de Montpellier en hospitalisation de jour pour une cure de chimio. Je fais cet exercice toutes les trois semaines et le passage par la salle d’attente est un moment incontournable avec un spectacle digne de la cour des miracles.

N’allez pas croire que j’associe le mot miracle à la chimiothérapie, ici il n’y a pas d’épiphénomènes de ce genre. Nous sommes nombreux, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, tous en survie avec un vécu plus ou moins traumatisant et des séquelles bien visibles. Il n’y a que dans le récit de Victor Hugo que la description des mendiants est aussi frappante et aussi cruelle. Les patients avancent sans beaucoup d’assurance, un grand nombre sont même assistés par des accompagnants pour les aider à se déplacer quand ils ne sont pas dans un fauteuil. Toute l’assistance sans exception ne voudrait pas être là en ce moment.

La veille, nous avons tous eu un contrôle sanguin pour vérifier que notre organisme est encore assez solide pour supporter l’injection. En arrivant on glisse sa carte d’assuré social dans la borne et un numéro nous est attribué, ensuite nous allons nous assoir s’il reste des places pour attendre en scrutant l’annonce de notre numéro sur les écrans qui vont nous indiquer la salle de notre entretient.

Seuls les patients et leurs accompagnants échangent quelques propos. Les malades parlent rarement entre eux, tout se passe dans les regards. Les regards font peur, ils vous pénètrent vous analysent, étudient la vivacité de votre propre vigilance, vous défient. Chaque malade cherche à comparer son propre état à celui des autres, chaque malade se fait peur en regardant le pire. Nous sommes tous tétanisés par celui-là qui est beaucoup trop jeune pour souffrir et l’autre qui parait vieux, la maladie l’ayant tellement vidé. En ces lieux, une partie des patients verront des jours meilleurs mais une grande partie sont déjà morts.

Le nombre des malades est toujours croissant et il y a bien longtemps que les horaires de rendez-vous ne sont plus respectés. Ce n’est pas simple d’être patient et patient. Quelques nouveaux impatient s’énervent et vont se plaindre à l’accueil que le numéro 15 est passé alors qu’ils ont le 14, mais l’ordre des numéros n’indique pas l’ordre de passage, c’est l’heure initiale du rendez-vous qui prime. Ils prendront bientôt l’attitude résignée de chacun d’entre nous.

Une bonne heure plus tard, mon numéro s’affiche, j’ai gagné le droit d’aller donner de mes nouvelles au toubib référent qui va lancer le feu vert pour mon injection. Quelques mots sympathiques pour détendre l’atmosphère et une ou deux boutades et me voilà en direction d’un box ou au mieux d’une chambre.
Les box sont l’équivalent des salles communes qui faisait le quotidien des malades au 19 éme siècle. Par souci de restriction budgétaire nous y revenons à grand pas.

J’ai de la chance, aujourd’hui j’ai une chambre individuelle. Accompagné de ma moitié, nous rentrons dans cette pièce sans aucune précaution de décontamination quelconque. L’infirmière rentre à son tour, demande à mon accompagnante de sortir et commence à se déguiser en cosmonaute pour simplement respecter un protocole ridicule du fait que nos microbes sont entrés avec nous.

Je suis connecté avec ma chimio, dans une heure à une heure trente je serai dehors, libre de gérer au mieux les effets secondaires sur les jours suivants. Pour sortir je passe par la salle d’attente où de nouveaux candidats scrutent l’écran.

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