Mon amour, cette nuit j’ai fait un rêve.

21 mars 2015

J’ai rêvé que nos regards se croisaient en 2100, dans quatre vingt cinq ans.
J’avais fêté ce jour là mes cent quarante cinq ans, ce rêve plein de délices je l’ai réalisé grâce aux progrès Médicaux.

Les bons laboratoires subventionnés réussirent ce que personne n’osait imaginer.
Plus de maladie, plus de faiblesse chaque humain prenait sa dose de bonheur une ou deux fois par jour sans rechigner.
Plus d’ennui, tout bien organisé pour le bien collectif, l’harmonie.

Chaque jour une petite pastille, et hop ! je me sens bien, en route pour un grand tour.
Tes yeux toujours purs, ta voix limpide, ton assurance, je me trouve conquise par tant de bienveillance.
Quel age peux tu bien avoir ?
D’après eux, nous sommes fait pour nous entendre.

Assis sur ce banc, tu m’attends.
Mon cœur palpite,
Suis-je à ton goût ?
Ne manque t’il pas quelque chose ?
Vas-tu te lever pour t’approcher de moi ?

Le code de ton transmetteur je le connais grâce à la fiche descriptive du laboratoire Merues,
ce matin tu n’as pas décroché, et le répondeur comme à son habitude a enregistré mon message, le fait que tu sois là me prouve que tu l’as écouté.

Tu te lèves, me regarde dans les yeux, je te reconnais, j’entends de la musique, une petite voix lointaine.

Je me réveille brusquement, bousculée par la réalité présente, tu dors tout proche de moi. La petite voix se rapproche, la radio, la musique sourde annonce le jour, le jour du rendez-vous, la séance de chimio à l’hôpital de jour.

Le temps nous est compté, un mois, un an, dix ans.
La maladie obstacle à la vie, blessure de l’existence n’ébranlera pas notre soif de combat, l’amour est plus fort que tout, tant de souvenirs de Bonheur et de soucis surmontés depuis plus de trente ans.
Quelle douce fin de vie nous espérions il y a cinq ans, avant l’apparition sournoise de cette maîtresse, elle a pris le plus intime de toi.
Le partage m’insupporte, et pourtant la traîtresse s’est immiscée dans notre famille faisant fi de notre équilibre, de nos envies, de nos rêves.

Domi

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire