L’inconfort de la chimio

06 avril 2016

Je ne vais pas vous parler de la perte de cheveux qui est la première image que chacun retient de ce mot " chimio " qui fait autant peur que " Cancer " son associé. Je comprends le traumatisme que certaines personnes malades en gardent. La perte de féminité et la destruction de sa propre image.

La décomposition de sa propre représentation est bien plus intrusive et va très vite toucher le plus profond de son intimité, de son apparence, de son épanouissement.

La seule chance que peut avoir un patient traité en chimio, c’est de garder sa capacité d’analyse et de trouver en elle les forces qui vont permettre de lutter contre vents et marées et, qui vont très rapidement lui tomber dessus. Hors la simple prémédication pour éviter un choc trop violent sur les premières heures du traitement va purement et simplement anéantir cette aptitude de réflexion.

La cortisone couramment utilisée trois jours avant et trois jours après l’injection va diminuer les effets agressifs sur les terminaisons nerveuses mais va également dans un premier temps créer de graves difficultés pour  trouver le sommeil. Les patients atteints du cancer ont déjà un problème de fatigue chronique  et cette perte de repos va induire de sérieux problèmes de concentration, des vertiges, des céphalées, des problèmes gastriques et j’en passe…

Tout ce qu’il faut pour garder la forme et être plus combatif.

Ensuite vont venir les seconds effets, pas plus cools. Sudation excessive qui peut se produire à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit et à coup sûr en fin de repas. Les douleurs, comme si des personnes extérieures jouaient aux fléchettes sur votre corps. Les spasmes ou tremblements qui peut-être sont imperceptibles vu de votre place mais sont ressentis dans l’être comme la vision d’un vieux atteint de Parkinson. Et enfin mais la liste n’est pas exhaustive, la perte de goût et d’odorat.

Avec tous ces manques, il faut vivre, garder le moral et aller de l’avant.

Cerise sur le gâteau, cette façon arbitraire et globale de traiter la maladie (parce qu’à ce niveau on ne parle plus du malade) va induire ou une détérioration dont le patient ne se remettra pas ou une amélioration qui l’empêchera d’avoir accès à un essai clinique qui ne peuvent intégrer que des malades en cours d’aggravations vérifiées. Donc à plus ou moins long terme une reprise de chimio. Je débute ma troisième série de chimio en 4 ans.

Et pourtant malgré toutes ses objections et constatations j’ai accepté ce traitement. Le cancer est une humiliation de son corps et de son intégrité, un déni de sa personne pour lutter contre l’inconnu, une frustration de la vie et des désirs.

1 commentaire :

  1. Tout cela est malheureusement vrai, chacun l'exprime avec son ressenti et ses mots, mais je vais dire une seule chose, ou plutôt je vais laisser Victor Hugo s'exprimer a ma place
    "ceux qui vivent sont ceux qui luttent"

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