Le Cancer a changé ma vie

20 mai 2016

Tous les malades ou anciens malades vous le diront, la vie avec ou après un cancer est très différente de ce que vous avez vécu précédemment et en particulier tout ce qui touche à la notion du temps et à la façon de le gérer. Même si cette mutation vous parait évidente, cela ne se résume pas à une simple façon de percevoir la vie ou la mort.

Les priorités changent, l’essentiel n’est plus le même, les points de vue et idées sont remis en questions. La personne dans son entier subit une mutation psychique et physique. Avec une violence sans nom, on se retrouve dans le réel, et il n’est plus question de composer son personnage, il faut reprogrammer les notions fondamentales et sa place dans l’univers.

Toute ma vie a été centrée sur le travail et les résultats. Le fait d’avoir développé ma propre entreprise ne m’a donné qu’une illusion de liberté, c’est quand j’ai été obligé de m’en séparer que j’en ai pris conscience. J’ai subi comme une crise de manque. Une peur de la précarité s’est installée et progressivement les différents soutiens m’ont permis de reprendre confiance en moi. Je n’ai plus le temps et l’énergie nécessaire pour endosser les tracasseries quotidiennes et du coup je suis plus ouvert à mon entourage même si de vieilles séquelles de caractère fort pointent quelques fois. Je pense être moins indifférent et plus à l’écoute.

J’ai la chance d’être bien entouré et ce soutien permet également de relativiser sur mon propre ego. Mes souffrances sont très largement partagées. Les peurs et les angoisses sont bien plus présentes dans mon entourage que sur ma propre personne; ça mérite le respect et m’oblige à minimiser sur mon compte.

Le cancer a changé ma façon de vivre, je suis beaucoup plus dans le présent que je ne l’étais avant la maladie, je déguste chaque instant, fais abstraction du passé, n’appréhende pas l’avenir avec angoisse. C’est très paradoxal, je sais qu’aujourd’hui mon cancer aura une issue fatale mais je n’ai pas de stress particulier quant à cette fin. Mon état d’esprit est définitivement installé dans une forme de résistance.

Depuis quatre ans et trois séries de cures de chimio, j’ai appris à gérer ma fatigue et mes douleurs. Je sais m’évader plus facilement avec un bon livre, je passe toujours autant de temps en cuisine avec grand plaisir et mon contact avec la nature est devenu beaucoup plus intense. Les premiers voyages se partagent entre le rêve des plus grands et la réalité et me font rentrer dans des cartes postales que je regardai auparavant dans des catalogues. Mes rêves sont loin d’être assouvis et j’entretiens ces désirs avec enthousiasme afin d’en profiter pleinement le moment venu.

Jean-Jacques Rousseau a écrit : « La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse, la vieillesse est le temps de la pratiquer ». Je ne suis plus très jeune et la maladie peut me classer rapidement dans une certaine forme de vieillesse. Je ne me prends pas pour autant pour un sage et cette forme de réflexion sur le temps et la vie n’est qu’un écho de ce que ressentent une grande partie des personnes concernées par un cancer.
Malgré toutes ces bonnes paroles, nous ne sommes pas tous égaux devant le doute et la souffrance, pour certains, il subsiste une part d’angoisse et de stress. Ce blog contribue à minimaliser ce côté négatif par le partage et la communication avec un grand nombre de lecteurs. J’espère que vous pouvez y trouver autant de soutien que j’en ai dans vos messages et vos commentaires.

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