Suspendu aux lèvres du médecin

10 janvier 2017

Vous repensez sans arrêt à ce qu’il vous a dit. Vous vous demandez si vous avez bien compris et il vous manque un lien pour rendre le tout compréhensible. Ce lien c’est précisément ce qu’il ne vous a pas dit. Un silence qui peut en dire long ou un blanc qui complète le propos. La difficulté vient du fait que c’est à vous d’interpréter ce silence, à vous d’imaginer le pire parce que personne depuis la déclaration de votre cancer ne l’a exclu. A vous d’imaginer le meilleur parce que votre espoir vous permet de vous rendre invincible et résistant aux épreuves.

Pourtant, à chaque visite avec le toubib, vous en rajoutez sur cette longue liste de souffrance et de fatigue. Cette sensation subjective de faiblesse anormale n’est plus de la fatigue, c’est de l’asthénie accompagnée de nausées, parfois de vomissement et de trouble du transit. La fonte musculaire a effacé les promenades et les activités trop physiques, les courbatures sur l’ensemble du corps ne vous permettent plus d’identifier une zone sans douleur. L’activité intellectuelle se résume à quelques livres, la télé et des discutions pour refaire le monde dans le cocon familiale. Il n’y a presque plus de lien sociaux avec l’extérieur, rare sont les visites et les voyages sont devenus de doux rêves.

(Grace à vous, chers lecteurs, il me reste ce lien d’échange sur un sujet que je voudrai bien oublier parfois. Je suis très sensible à vos messages et vos commentaires.)

Le toubib écoute, note parfois et ne dit rien.

Le rôle du médecin devrait pourtant se situer au-delà des soins. Il a le devoir d’informer le patient et de l’encourager à planifier son emploi du temps pour garder un minimum d’activité physique. Il est également important qu’il donne des explications sur les choix thérapeutiques, sur leurs effets secondaires et sur les effets secondaires des médocs qui doivent contrer les effets secondaires du traitement initial.

Nada, rien, que dalle. Il prend bien note de la liste de ces effets, je les ai presque tous et, je n’en ai pas cité qui ne sont pas référencés, donc tout va bien.

D’où vient ce silence ? Pourquoi ce mépris ? Parce qu’il est très difficile de le qualifier autrement.
Il y a surement une part d’ignorance. Non pas que les toubibs sont incompétents ou mal formés, je n’irais jamais jusque-là, mais simplement qu’ils ne savent pas en l’état de la recherche sur le cancer, où ils vont avec ces traitements identiques pour tous. Alors comme ils ne peuvent pas dire « je ne sais pas » et que la multiplicité des cas ne leur permet pas de développer un minimum de relation avec le patient, ils se concentrent sur la maladie qui elle leur parle avec nos résultats d’examens. La relation reste purement scientifique et l’humain passe à la trappe.

J’ai pourtant vécu avec cet homme quelques moments d’espoir. J’ai eu parfois des relations humaines, mais dès que le bilan repasse dans le rouge comme en ce moment, le mutisme reprend sa place.

Je sais tout ça. Depuis 5 ans j’ai très largement eu le temps de m’en rendre compte et j’en ai rédigé des messages sur ce sujet, mais je ne peux m’empêcher de rester suspendu aux lèvres du médecin. Je reste convaincu qu’un jour il va me donner un indice supplémentaire. Pour le moment ce que je constate c’est que graduellement je suis de plus en plus diminué et que petit à petit mon passager clandestin prend de plus en plus de place.

3 commentaires :

  1. Oh oui les choses ont besoin de bouger. Pour ce qui est du lien social, rester de longues périodes sans lui est très difficile à vivre, même avec internet, et il y a du pain sur la planche pour un tas de gens touchés de près ou de loin par ces problèmes de santé.
    Lorsque j'étais plus jeune je pensais (naïvement) que c'était l'affaire des hommes politiques, du gouvernement au pouvoir.... Mais je me suis aperçu que ce pouvoir n'était pas si grand, les rouages trop nombreux, la paperasse aussi.... Bref, au final, je ne sais plus très bien, chacun d'entre nous a sans doute un rôle à jouer dans tout ça, pour changer quelque chose. Si minime soit il, il faut le jouer quand même ce rôle.....

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  2. Bonjour et oui un oncologue n est pas forcément un bon psychologue ce n est pas sa partie ... d ou je pense très très important le suivi psychologique par un bon psy je dirai indispensable pour se confronter au mieux à toutes ces épreuves! Courage et merci pour votre partage

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